« l'Église catholique vit, depuis un certain temps, une crise profonde. Historiquement au Québec, jusqu'à la fin des années cinquante, tout ou presque (de l'école aux hôpitaux) était dans les mains de l'Église... Tout s'est écroulé à partir des années soixante. Plusieurs facteurs ont joué dans cette métamorphose : l'influence marxiste et l'affirmation de l'étatisme, mais aussi l'impact du Concile Vatican II sur l'Église locale...»

- Cardinal Ouellet

vendredi 5 décembre 2014

La guerre contre Noël est déclarée

Source: Figaro

Alors qu'il installait depuis un bon moment déjà une crèche de la Nativité en décembre, pour marquer Noël, le Conseil général de Vendée a dû la retirer cette année. Sur ordre de la cour. Sa simple présence transgresserait le principe de laïcité dans l'espace public. Elle offenserait la liberté de pensée des non-croyants, qui verraient ainsi une religion s'accaparer l'espace public et les détourner à son avantage.

Cette querelle n'est pas nouvelle. Surtout, elle n'est pas exclusivement française. En fait, elle traverse, depuis plus de vingt ans, toutes les sociétés occidentales. Elle a d'abord été nommée aux États-Unis, où on parle de War on Christmas mais elle se déploie ailleurs. Au Québec aussi, depuis une dizaine d'années, elle est devenue rituelle à partir du premier décembre, même si son intensité varie au fil des ans.

Il s'agit en fait d'éradiquer les dernières traces du christianisme dans l'espace public, pour le neutraliser. Plus largement, on effacer progressivement tout ce qui peut lier les institutions publiques à une civilisation particulière.

On peut en évoquer certaines manifestations. En 2007, l'Assemblée nationale avait rebaptisé le sapin de Noël, qu'elle illumine chaque année, arbre des festivités. En 2009, dans un des quartiers les plus «branchés» de Montréal, un étrange Joyeux décembre avait remplacé le traditionnel Joyeux Noël, déjà déclassé par le Joyeuses fêtes, moins suspect de reconduire la préférence pour le christianisme dans l'espace public. Cette initiative venait de l'association des commerçants du quartier.

D'autres exemples viennent à l'esprit. En 2006, Patrimoine Canada, l'institution responsable de la culture au gouvernement fédéral canadien, avait proposé de remplacer dans ses communications internes la référence à Noel par celle, apparemment plus consensuelle, au solstice d'hiver. Au gouvernement fédéral, encore une fois, en 2011, la direction avait voulu retirer le sapin de Noel des bureaux de Service Canada parce qu'il s'agissait apparemment d'un symbole discriminatoire.

L'entreprise se mène aussi dans les écoles, où les chants de Noël, souvent, sont censurés des chorales de Noël. Il s'agit en fait d'éradiquer les dernières traces du christianisme dans l'espace public, pour le neutraliser. Plus largement, on effacer progressivement tout ce qui peut lier les institutions publiques à une civilisation particulière, à une mémoire historique particulière. C'est en extrayant chaque société occidentale de son histoire qu'on l'ouvrira vraiment à la différence et à l'altérité.

Mais on aurait tort de voir dans cette entreprise la seule œuvre d'un laïcisme radicalisé. Si l'argumentaire laïciste sert encore à justifier cette censure publique du christianisme, c'est autre chose que son carburant traditionnel qui l'alimente. Plus souvent qu'autrement, les symboles de Noël ne sont pas attaqués d'abord en tant que symboles religieux, mais en tant que symboles identitaires de la «majorité chrétienne» dont il faudrait contester les privilèges symboliques. C'est en fait la querelle du multiculturalisme qui se révèle.

Dans la perspective du multiculturalisme, ce qui était autrefois considéré comme la nation, avec son identité culturelle, historique et civilisationnelle n'est plus qu'un communautarisme parmi d'autres dont il faudrait contester les privilèges. On veut déconstruire la culture nationale pour mieux accueillir ceux qui arrivent. On oublie pourtant une chose: si toutes les convictions sont naturellement égales devant la loi, toutes les religions ne sont pas égales devant l'identité.

Ce serait une grande erreur de réduire la guerre contre Noël à l'opposition classique entre catholiques traditionnels et militants intransigeants de la laïcité. Nous sommes plutôt au cœur de la question identitaire.

Mais pour les multiculturalistes, la démocratie ne sera vraiment qu'en intégrant publiquement les symboles identitaires et religieux des différentes communautés qui se sont implantées par l'immigration. La preuve en est que ce zèle suspect pour déchristianiser l'espace public s'accompagne souvent d'un militantisme pour favoriser la reconnaissance de l'Islam. On se souvient d'ailleurs du rapport Tuot qui poussait la France à assumer publiquement sa part arabo-orientale.

La complaisance devant les différentes revendications identitaires et religieuses associées à l'Islam témoigne de cet état d'esprit. On y verra autant d'occasion d'en finir avec l'occidentalocentrisme et le christianocentisme. Ou invitera alors les institutions publiques à ajuster leurs horaires, leurs menus à la cantine, leurs formulaires, pour les adapter aux différentes minorités religieuses.

L'héritage religieux du pays d'accueil est systématiquement négatif, celui des communautés issues de l'immigration est systématiquement positif. En fait, la reconnaissance publique de la religion, lorsqu'elle minoritaire devient une manière de sortir d'une définition trop exclusive de l'identité nationale. C'est ce qu'on appelle le principe de l'accommodement raisonnable, qui inverse le devoir d'intégration et qui est la marque distinctive du multiculturalisme.

Ce serait une grande erreur de réduire la guerre contre Noël à l'opposition classique entre catholiques traditionnels et militants intransigeants de la laïcité. Nous sommes plutôt au cœur de la question identitaire. Ce dont il est question, ici, c'est de la possibilité pour une nation d'habiter son histoire et sa culture de manière décomplexée et de se projeter dans l'espace public. Le simple rappel de l'héritage chrétien au cœur de l'identité nationale ne devrait pas faire scandale.

- Mathieu Bock-Côté




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