« l'Église catholique vit, depuis un certain temps, une crise profonde. Historiquement au Québec, jusqu'à la fin des années cinquante, tout ou presque (de l'école aux hôpitaux) était dans les mains de l'Église... Tout s'est écroulé à partir des années soixante. Plusieurs facteurs ont joué dans cette métamorphose : l'influence marxiste et l'affirmation de l'étatisme, mais aussi l'impact du Concile Vatican II sur l'Église locale...»

- Cardinal Ouellet

lundi 17 novembre 2014

«Les cimetières s'en vont chez le diable»

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S'il y a des gardiens du patrimoine, ce sont eux. En fait, c'est toute l'histoire du Québec que les cimetières conservent jalousement dans le silence de la pierre. Et pourtant, ce patrimoine est à la merci de l'oubli ou des faillites des descendants de ceux qu'il représente. Quand ce ne sont pas des vandales qui en volent les trésors.

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En fait, lorsqu'on «achète» un terrain dans un cimetière québécois, on contracte en général un bail de 99 ans, qui arrive à échéance après cette période. (Précisons cependant que seul le cimetière Mont-Royal à Montréal, le voisin du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, vend pour toujours ses terrains à la clientèle.) Cent ans après la contraction du bail, donc, il reviendra aux descendants de reconduire ce contrat. Ce sont aussi eux qui ont la responsabilité d'entretenir le monument familial.

Après avoir tenté en vain de contacter la famille, le cimetière, s'il a besoin d'espace, peut tout aussi bien disposer du monument à sa guise, quitte à l'envoyer au dépotoir... C'est ainsi qu'on a rescapé in extremis, il y a quelques années, la pierre tombale d'Alphonse Desjardins, le fondateur des Caisses populaires enterré au cimetière de Lévis, s'indigne l'historien Michel Lessard. Au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, le caveau pourtant finement ouvragé de l'architecte Victor Bourgeau, qui a participé à la construction de la basilique Notre-Dame et de l'église Saint-Jean-Baptiste, a de cette façon pris le chemin du dépotoir, ajoute Alain Tremblay.

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À l'Écomusée de l'au-delà, on tente cependant d'être réaliste. «On est conscient qu'on ne peut pas sauver tous les monuments», dit Alain Tremblay. Alors, comment sélectionner les oeuvres à conserver? M. Tremblay cite l'exemple du cimetière du Père-Lachaise, à Paris, où les reprises de lots doivent être annoncées publiquement longtemps avant la destruction des monuments. Un comité d'historiens, d'archivistes et de généalogistes consultent alors la liste des lots en péril avant de faire des recommandations de préservation de certains monuments, selon des préoccupations esthétiques ou historiques. Toujours en France, certaines chapelles funéraires ayant appartenu à des familles qui ne peuvent plus s'en occuper peuvent être rachetées et entretenues par d'autres familles moyennant un crédit d'impôt. Selon l'Écomusée, plusieurs centaines de monuments sur le Mont-Royal auraient une valeur patrimoniale.

Rien de tout cela n'a évidemment cours au Québec. En fait, aucun inventaire n'est disponible au cimetière Notre-Dame-des-Neiges de Montréal, où on trouve pourtant une concentration importante d'oeuvres d'art. En fait, c'est Alain Tremblay qui essaie d'assurer une certaine patrouille des lieux. Il projette d'ailleurs de publier un répertoire des oeuvres susceptibles d'être volées au cimetière.

«Déjà, depuis le mois d'avril, il y a eu onze vols au cimetière Notre-Dame-des-Neiges», dit-il en arpentant les vastes allées du site. Sur un monument, il y a une tache sombre là où autrefois trônait un ange. Un autre a perdu les appliques de bronze qui faisaient son charme. Le bronze d'Adélard Godbout a lui aussi déjà été volé dans le cimetière de Freligsburg où l'homme est enterré.

«Inévitablement, les oeuvres volées se retrouvent chez les brocanteurs», dit Alain Tremblay. Aussi, si les oeuvres sont bien répertoriées, il sera beaucoup plus facile de les retrouver. «Les voleurs travaillent par vagues, explique Alain Tremblay. Ils commencent par sélectionner les monuments faciles à voler, puis ils reviennent les chercher.»

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«On n'a pas d'inventaire au Québec, dit le sergent-détective Alain Lacoursière, policier spécialisé dans le trafic d'oeuvres d'art à la Sûreté du Québec. On en retrouve; j'ai déjà retrouvé des anges du paradis, mais je ne sais pas d'où il viennent.» L'an dernier par exemple, les policiers ont retrouvé à Sherbrooke une statue de bronze de six pieds, qui pesait quelque 6000 livres, sans savoir où elle avait été volée. «Avec des photos des traces d'ancrage, les marques d'oxydation, on pourrait mieux les reconnaître», dit le sergent-détective Lacoursière. Il y a quelques années, les bandes de motards étaient impliquées dans le trafic de l'art funéraire. La police a par exemple retrouvé une soixantaine d'oeuvres chez Joseph Ghaleb, le bras droit de Mom Boucher, aujourd'hui décédé. Mais depuis, le sergent-détective Lacoursière attribue plutôt les méfaits à de petits voleurs.

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